Chroniques

Droits TV : Une Destruction Originale Canal +

L’argent est roi. On n’apprend rien à personne par cette phrase aussi courte qu’inintéressante par les leçons qu’il y a en tirer. Rien ne nous empêche néanmoins de débroussailler le contexte pour laisser murir une réflexion à l’actualité bien cafardeuse pour certains (Canal et ses supporters infaillibles) et radieuse pour d’autres (Al Jazeera et les partisans d’un nouveau souffle). Il ne s’agit pas au travers de cet article, de critiquer la méthode rouleau compresseur de QSI dans l’acquisition des droits TV, et encore moins de mettre en lumière qui serait le gentil du méchant, car cette controverse a, à notre sens, assez duré et chacun a son avis sur la question. Non, 90minutes a décidé de faire un constat à un instant T. Un peu comme si la voiture C+ venait de « cartonner » avec la très sportive qatarienne… On ne cherche pas à savoir qui a grillé la priorité à l’autre mais pourquoi et comment en est-on arrivé là. Soufflez dans le ballon messieurs ! Une seule chose est sure, Canal a déjà perdu des points…

Un Marché Ouvert à tous…

« La France est à vendre » râleront certains, « la France se vend bien » se vanteront les pourfendeurs du protectionnisme à l’excès. La binarité de ce destin est volontaire mais la nuance reste permise. Si la conclusion reste incertaine selon le regard qu’on a posé dessus, elle nous ramène à quelques réalités évidentes qu’il convient à tous d’en expliquer les origines. Si elle ne jouit pas d’une reconnaissance certaine dans notre pays, la Ligue 1  s’exporte de mieux en mieux. Une récente étude de l’institut « Kantar Sport » le confirme et nous fournit quelques chiffres sur le nombre d’heures de diffusion à l’international de notre très chère Ligue 1… des stats qui nous apportent leur petit lot d’enseignements. Ainsi nos amis suisses, très épris de chocolat aiment également à s’adonner au visionnage de nos exaltantes rencontres hexagonales. Un championnat très en vue puisqu’il serait le 1er au classement à être observé par nos cousins chocolatiers (300 heures de diffusion / an). Bon et surprenant deuxième, notre voisin transalpin distille près de 270 heures de notre championnat chaque année à ses spectateurs italiens. On a cru savoir que l’Europe était frappée par une crise sans précédent mais de là à « punir » l’Italie avant la Grèce, il y a une hiérarchie qu’on aurait aimé voir respecté. L’Etude nous rassure aussitôt : la TV italienne privilégie la diffusion de la Ligue 1 par de « courts résumés ». Le marché des droits TV est donc loin d’être hermétique comme on n’a pu longtemps le laisser croire et la LFP, longtemps lassé par la position de quasi-monopole de Canal, a joué en partie un rôle fondamental en faisant la cour aux investisseurs potentiels. Juin 2011, c’est donc en toute logique qu’Al Jazeera pénétrait le marché français en répondant à l’appel d’offre pour un pur produit de notre terroir. Un premier pied dans la maison avant d’en poser un autre…

Une arrivée prévisible… même si on n’a rien vu venir

TPS « is dead » depuis un moment, CFOOT est un bébé mort-né …même si on n’a jamais cru au miracle de cet accouchement forcé… et Orange Sport joue à Colin-Maillard entre deux ravins. Avec cette concurrence macabre face au géant Canal+, il y avait de quoi se faire une place autre part qu’à la morgue, déjà bien pleine, pour quiconque s’en donnerait réellement les moyens. Contexte établi, de manière plus globale et symbole néo-keynésien à l’appui, on sait pertinemment qu’un produit, très peu concurrentiel sur ses terres et qui s’exporte plutôt bien à l’étranger, est un produit dont tout investisseur aimerait se saisir pour satisfaire son sens universel de l’expansion. Al Jazeera se plait à ce rôle. Il était donc fort plausible qu’il s’invite à ce diner mondain. Originellement créée pour le journalisme politique, le succès a vu le groupe investir d’autres terrains dont celui du sportif. La chaine qatarienne est loin d’être une arriviste en la matière. Elle a audité l’univers depuis quelques années, recruté (débauché) des personnes étoilées, et peut maintenant apprécier tout le potentiel du domaine sportif dans certains pays : la Premier League est un best-seller pour l’exemple. L’analogie avec la France reste tentante même si les  organes d’Al Jazeera ne sont pas dupes. Investir sur les droits TV en France est un marché non négligeable mais qui sera vraisemblablement moins fructueux que le championnat « Made In Marmelade ». Peu importe, il ne s’agit pas de proposer exclusivement de la Ligue 1 mais d’enrichir une gamme de droits TV chèrement acquise pour s’inscrire dans la durée avec une macro-stratégie qui pourrait bien s’avérer payante. La Ligue 1 n’est qu’une belle voiture de plus dans la vitrine du concessionnaire. Qui a dit « Mégane II » ?? On répond par « 607 présidentielle » toutes options… fièrement !

Canal Plus avec beaucoup Moins…

De cette élégante berline, la chaine cryptée n’a donc raflé que les options « Radio K7 » et « Toit ouvrant » avec la Ligue des champions 1er choix (ex-propriété de TF1) laissant place à un second conducteur de plus en plus gênant et qui ne demande qu’à prendre le volant. Le co-voiturage n’était pourtant pas une habitude de la maison mère habituée à rouler seule sur l’autoroute du succès. Il y a bien eu ces quelques individus pris au passage d’une route (Orange Sport, TF1, M6) pour les faire avancer un petit bout de chemin. Inversement des rôles, c’est au tour de Canal + de faire de l’auto-stop pour avancer au mieux au travers de ce chemin miné. Véritable descente aux enfers pour la chaine cryptée qui, après la Ligue 1, s’est vu céder la plupart des droits qui ont longtemps orné sa couronne. En plus d’avoir perdu la bataille pour l’attribution des lots (C1, L1, Europa League, Euro 2012-2016, Liga), C+ est en train de perdre ses consultants vedettes qui désertent la chaine cryptée l’un après l’autre. Ainsi Christophe Josse, Julien Brun et plus récemment Daren Tulett, l’emblématique consultant british, ont décidé de rejoindre le nouvel entrant. Un nouveau coup dur pour canal quand on sait ce que représentent ces journalistes pour la chaine et surtout pour les spectateurs aguerris, qui ne réagiraient peut-être pas comme réagiraient de très laides adolescentes devant Justin Bieber, mais qui les apprécient assez pour continuer à les suivre. La tentation de retrouver la marque de fabrique chez le voisin est grande pour l’abonné. Mais il faut relativiser, tout n’est pas noir dans ce sombre tableau. Tous n’ont pas fait « acte de trahison ». Ainsi Christophe Dugarry et Grégoire Margotton ont décliné l’invitation en déclarant leur flamme à Cyril Linette. Autre signe encourageant, Canal a su remporter quelques lots… assez pour survivre encore pour les 4 prochaines années …et pour combien de temps encore ? Canal prépare-t-il une contre-attaque pour le prochain appel d’offre ? Ça parait incongru et périlleux de se projeter aussi loin dans le temps. En attendant, la chaine se « meurt » et tend à ressembler à Orange Sport à moyen terme, non pas par la qualité du contenu proposé (Orange Sport fait du très bon boulot) mais plus par la richesse des programmes et par la fébrilité affichée pour pouvoir rivaliser financièrement avec ce tentaculaire concurrent. Avec moins de matchs, moins de rencontres phares et des spécialistes en moins, la chaine risque d’accuser le coup et peut s’attendre à avoir naturellement moins d’amoureux du football. La logique du « moins » pour une chaine dont la dénomination évoque le « plus »… un paradoxe dont se serait bien passé la direction. Dernier coup de massue en date : Canal vient de perdre la Liga au profit de nouvel ennemi.

Seule lueur d’espoir pour C+, le prix de l’abonnement d’Al Jazeera, qui devrait vraisemblablement être très bas  (à Lire ici), laisserait entrevoir pour ce poste de dépense familiale, un possible cumul entre les deux abonnements. Et vu que c’est pas encore la Grèce ici, on pourra peut-être se payer les deux offres, du moins pour les 3 prochaines années. 90minutes défie quiconque d’accepter de voir un Classico en Streaming…

Canal & Al Jazeera, même combat au final…

Comme évoqué en intro, chacun a son avis plus ou moins tranché sur la question et des bénéfices que peuvent apporter l’entrée d’une telle chaine au sein du PAF. Il n’en reste pas moins que cette bâtisse qatarienne, qui est en train de s’ériger, ressemble étrangement et périodiquement (par intermittence) à Canal + 20 ans en arrière. Pour rappel, la chaine cryptée était alors sous la direction sportive d’un certain Charles Biétry (1984-1998) avant qu’il ne s’égare chez France Télévisions…. et surtout actionnaire (puis propriétaire) d’un certain club parisien (1991 à 2006) avant que le club ne s’égare dans les ténèbres du classement. Se souvenir de cette situation nous rappelle les vieux démons qui agitaient la polémique d’antan. Comment une chaine TV peut-elle rester impartiale dans la diffusion ou les analyses qui gravitent autour du club alors même qu’elle en est sa principale actionnaire ? Ironie du sort, cette question est aujourd’hui d’actualité et pourrait être légitimement posée à Al Jazeera, intimement propriétaire du PSG, qui se retrouve dans une position quasi-similaire quelques années après seulement. On ne change pas une équipe qui gagne, Charles Biétry récupère son trône devant ce nouveau paysage audiovisuel qui se dessine et il n’hésite pas à décorer son nouvel empire de quelques consultants fraichement empruntés à  son ancien royaume pour y établir son règne.

Un reproche revient souvent à l’encontre des Qatariens…  Pourquoi investir dans une ligue qui ne leur appartient pas ? A cette question que je qualifierai de déplacée par la naïveté dans la  réponse qu’elle suscite, 90minutes répond qu’il faut s’attarder un tant soit peu sur l’historique de la stratégie Canal et mettre de côté sa mémoire sélective pour s’apercevoir que le groupe a adopté la même envie de s’imposer, la férocité en moins. Le Groupe a ainsi investi à coup de gros millions et chassé sur les terres européennes et un peu partout dans le monde pour s’offrir des parts de marché : en Afrique sub-saharienne, au Maghreb (Canal Horizon) et plus récemment au Vietnam (Canal Overseas). Même si cette stratégie ne couvre pas exclusivement le périmètre de football, elle s’inscrit dans une même volonté, celle de se répandre et d’exister en tant que tel à l’international. Ce qui ne fait pas pour autant du Groupe Canal un effroyable imposteur, critique qui n’épargne pourtant pas Al Jazeera Sport France.

Cyril Linette s’est d’ailleurs lâché il y a quelques jours en s’indignant du comportement démesuré de son nouveau concurrent : « On subit une attaque d’une agressivité et d’une violence absolument inouïes, c’est une forme d’impérialisme qui semble presque surnaturelle. Cette attaque porte sur les acquisitions de droits, le débauchage massif de journalistes et la communication. Le nouvel entrant parle presque plus de nous que de lui-même. Il a en gros expliqué récemment, par l’intermédiaire de son patron de chaîne, qu’il envisageait quand même de laisser vivre Canal. C’est assez fort comme termes, ça prouve bien quelles sont ses intentions ». On comprend la consternation face à un concurrent aux moyens sans limite comme Al Jazeera. On comprend moins l’absence d’empathie envers Orange et TPS, deux protagonistes que Canal  n’a pas hésité à faire trinquer pour avoir voulu jouer les gros bras. La suite on la connait… Canal n’a pas voulu débrancher TPS pourtant condamné dans son lit de mort avant d’être racheté par son propre bourreau pour une mort certaine. Orange Sport est monté presque tout seul mais surtout par la force des choses sur l’estrade de la pendaison. La légitimité a apparemment un nom et elle ne s’appelle pas encore Al Jazeera.

WAIT AND SEE.

Hatem AKA Marc-Landers

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