Chroniques

Laurent Blanc, second couteau, plus tranchant qu’Ancelotti

Après une demi-saison, il est temps de comparer les performances de Laurent Blanc à celle de Carlo Ancelotti, son prédécesseur au poste d’entraîneur du PSG. Et, autant sur le plan des stats que du jeu, le Président tient largement la corde.

Il faudrait être aveugle ou supporter de l’OM pour ne pas le reconnaître : cette année, Paris marche sur le championnat de France. Les footix adorent. Leurs mères, en charge du nettoyage de leurs caleçon, un peu moins…

Même si les écarts de points avec ses deux principaux poursuivants au classement ne sont pas gigantesques, le Paris-Saint Germain (PSG), en tête, a impressionné en Ligue 1 pendant la phase aller de la saison 2013/2014.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’intéresser en détail au classement. Après 19 journées, la formation de la capitale y fait figure de meilleure attaque (avec 13 buts de plus que Monaco, 2e meilleure attaque) et de deuxième meilleure défense avec 5 buts encaissés de plus que Lille. Ce qui lui permet d’obtenir, à la mi-saison, une avance de respectivement 13 et 17 pions à la différence de buts sur Monaco et Lille, ses deux compères du podium de Ligue 1.

Laurent Blanc a donc de très bonnes raisons d’être satisfait de ses débuts à la tête de l’équipe. Les Cévenols montent à Paris pour faire mouiller le PSG !

Mais, aussi impressionnant soit-il, son bilan sur le banc du PSG pour les 19 premiers matchs de la saison est-il meilleur que celui de son prédécesseur, Carlo Ancelotti ? C’est ce que nous allons voir.

 

Stats : Blanc prend la Ligue 1 et laisse la LDC à Ancelotti

Dans un souci d’équité, nous avons choisi de prendre en compte les 19 premières rencontres de Ligue 1 de la première saison complète à Paris de l’entraîneur italien (2012/2013) et non ses 19 premiers matchs au PSG qui correspondaient à la phase retour 2011/2012.

Et, sur le plan strictement statistique, on se rend compte que l’ancien sélectionneur des Bleus surpasse assez largement le technicien transalpin.

Avec 13 victoires, 5 nuls et une défaite, Laurent Blanc obtient un total de 44 points. Pour Carlo Ancelotti, à l’issue de la phase aller 2012/2013, le PSG pointait également à la première place, mais avec « seulement » 38 points glanés après 11 succès, 5 nuls et 3 matchs perdus.

Ce qui nous donne une moyenne de 2,32 points par match pour l’ancien coach du FCGB contre 2 points par journée pour son prédécesseur. Le taux de victoires de Blanc atteint 68,4 % alors que celui d’Ancelotti plafonne à 57,89 %.

Il n’y a finalement que sur le plan défensif que l’Italien devance le Français : 0,63 but encaissé par match contre 0,68 pour le Président. En revanche, ce dernier compense largement en attaque : 2,32 buts marqués en moyenne par rencontre contre 1,89 pour Ancelotti.

Ce dernier se rattrape en Ligue des Champions. Avec 15 points marqués (5 victoires et une défaite), il a terminé à la première place du groupe A de l’édition 2012/2013 de la compétition. Il affiche un bilan de 2,5 points, 2,33 buts pour et 0,5 but contre par match.

Son successeur, quant à lui, finit aussi en tête de la poule C mais avec 13 points (4 victoires, un nul et une défaite). Le tout avec une moyenne de 2,17 points, 2,67 buts pour et 0,83 but contre par rencontre.

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Progression presque linéaire pour le PSG de Blanc

Ok, les chiffres traduisent une certaine réalité. Mais ils ne disent pas tout. C’est pour cette raison que, dans ce comparatif, nous avons également voulu nous pencher sur d’autres critères.

Avec, parmi ceux-ci, la régularité des performances de l’équipe en championnat.

Et, sur ce point aussi, Laurent Blanc surpasse assez nettement Carlo Ancelotti. Le parcours en Ligue 1 lors des matchs aller de la formation coachée par le Champion du Monde 1998 suit une progression qu’on peut qualifier de linéaire. Le PSG est premier sans discontinuer depuis la fin de la 10e journée de la saison. Il était second de la 6e à la 9e journée, 3e à la fin de la 5e journée, 4e lors de la 4e journée, 8e après la 3e, 13 après la deuxième et 11e après la première.

Pour Ancelotti, la première moitié de 2012/2013 a été plus chaotique. Son équipe était en tête de la Ligue 1 pendant 4 journées : les 9e, 10e, 18e et 19e. Elle était seconde à l’issue de 7 journées : les 7e, 8e, 11e, 12e, 14e, 16e et 17e. Elle a occupé la 3e place pendant 2 journées (5e et 15e) et les 8e, 10e, 11e et 12e positions pendant une journée chacune.

Mais, dans le fond, après le classement, ce qui compte vraiment pour les amateurs de football et les supporters, c’est la manière dont évolue une équipe, le jeu qu’elle propose chaque week-end.

 

4-4-2 vs 4-3-3… Et après ?

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Dans ce domaine, la subjectivité prend une place plus importante. Et reconnaissons-le, à part la constatation de l’évident passage du 4-4-2 au 4-3-3 avec le changement d’entraîneur, l’expertise de l’auteur de cet article en la matière est limitée. C’est pourquoi nous avons fait appel à Florent Toniutti de ChroniquesTactiques.fr, également chroniqueur sur Eurosport.fr.

Selon lui, il existe bien des différences d’ordre tactique entre Blanc et Ancelotti au PSG :

« Tout découle de la différence de philosophie des deux entraîneurs. Ancelotti est un pragmatique, Blanc est un idéaliste/communicant qui veut que son équipe « joue bien ». Dans sa tête, c’est : « j’ai la possession de balle. » Et donc pour cela, il faut pouvoir récupérer le ballon le plus haut possible : à l’Allemande, avec des attaquants qui travaillent beaucoup ? Non puisque Ibrahimovic ne fait pas ce travail de pressing. D’où l’abandon du 4-4-2 pour un système en 4-3-3 qui permet de s’appuyer sur la force/agressivité de Matuidi et Verratti, qui sont les moteurs parisiens au pressing. De là découle tout le reste : le PSG a plus la balle, Motta, Silva et Verratti lancent les actions et Ibra opère en relais dans les 30 derniers mètres. »

Avec le Président, le jeu de Paris repose donc principalement sur un axe central composé de Verratti, Thiago Motta et Thiago Silva. Pour Florent Toniutti, le rôle de Matuidi a changé : en 2013/2014, il est « moins indispensable » que lors de la saison précédente pour le dispositif parisien.

 

« Les couloirs ne sont pas une priorité pour le PSG »

Mais alors, cette prépondérance de l’axe dans le système de l’équipe sous Blanc, ne contribue-t-elle pas à fragiliser des joueurs offensifs placés sur les côtés ? On pense notamment à Lavezzi, Pastore ou Lucas qui ont du mal à s’imposer depuis leur arrivée à Paris. Pas vraiment, d’après Florent Toniutti :

« Les couloirs ne sont pas une priorité pour le PSG. Néanmoins, quand ça tourne dans l’axe, ils deviennent des « attaquants » chargés de faire fructifier le travail effectué au milieu. Or, individuellement, aucun n’a réussi à s’imposer sur la durée. Bref, s’ils sont « mauvais », c’est d’abord leur niveau individuel qui est en question, pas le collectif. Et ça pourra vraiment devenir problématique au printemps quand le PSG va affronter des équipes qui sauront répondre au défi dans l’axe. S’ils croisent une équipe allemande par exemple (Bayern, Borussia), ils vont énormément souffrir s’ils ne parviennent pas d’ici là à se construire des couloirs efficaces en phase offensive. Car si la relation « milieu-Ibrahimovic » est coupée, le PSG perd énormément en qualité offensive. »

Si l’équipe de Blanc est plus performante que celle d’Ancelotti, on peut aussi imaginer que les recrues (Marquinhos, Digne, Cavani) y sont pour quelque chose. Une idée que rejette le chroniqueur tactique. Il estime que leur influence est « infime » :

« Cavani ne pèse pas dans le jeu mais est un buteur. Aucun des 3 n’a une réelle influence sur la création ou l’animation. Pour Blanc, intégrer un peu plus Cavani risque d’être une clé du printemps prochain avec le retour de la C1. Il doit notamment construire quelque chose côté droit où il pourrait s’appuyer sur l’impact physique de l’Uruguayen sur les défenses adverses. Aujourd’hui, il ne pèse que très peu comparé aux autres. Digne et Marquinhos sont toujours des remplaçants. »

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Ibrahimovic « reste le même joueur »

Quant à Ibrahimovic, d’après ses statistiques, son jeu a changé entre les deux saisons. Il marque toujours beaucoup de buts mais effectue aussi davantage de passes décisives à ses coéquipiers. Pour autant, son rôle n’a pas vraiment changé.

Avec l’arrivée de Cavani, il n’est plus le seul finisseur de l’équipe. La présence de l’Uruguayen lui permet également de plus décrocher et de combiner avec ses milieux et les autres attaquants de la formation. « Mais après dans le jeu, ça reste le même joueur, qui pèse toujours sur les mêmes zones et apporte dans les 30 derniers mètres », conclut Florent Toniutti.

Avec des résultats et du jeu, la première partie de la première saison de Laurent Blanc sur le banc du PSG est prometteuse. Le Champion du Monde 1998 réalise même des débuts plus efficaces que Carlo Ancelotti. Quant à la part de son influence dans cette situation, chacun pourra se faire sa propre idée.

Toujours est-il que pour un « choix par défaut », le Président s’en sort plutôt très bien !

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