ChroniquesCoupe du Monde 2014Les BLEUS

Didier Deschamps, des victoires à la Victoire ?

Après son incontestable réussite à Monaco, son superbe sens stratégique à Turin, sa réussite à Marseille, Didier Deschamps arrive en équipe de France et redonne du crédit à nos espoirs émus.

Didier Deschamps est un François Hollande efficace et ambitieux. Comme le premier fonctionnaire de France, le sélectionneur des Bleus orchestre d’une geste parfaite les états d’âme de nos 22 représentants hexagonaux. Franck Ribéry et Samir Nasri out, l’équipe de France ne semble pas tactiquement bouleversée par ces deux absences. Je laisse à Daniel Ri(g)olo le soin de juger si le jeu aurait été meilleur en cas de présences du presque ballon d’or (hélas) et du trublion talentueux de Manchester City. J’écris ce papier le 21 juin, jour où tous les punks à chien de France célèbrent leur messe musicale. Je fais à cet effet une habile transition pour dire que l’équipe de France joue une belle petite musique sur la scène mythique du ballon rond qui ne survient que tous les 4 ans. Portons l’oreille au chant mélodieux des supporters criant, célébrant des victoires, trépignant d’indignations devant des pénaltys non sifflés, pleurant amèrement les défaites d’équipes autrefois reines (un salam à mes frères espagnols).

Didier Deschamps, donc, c’est le Jean-Claude Vannier de l’album « Histoire de Melody Nelson« . Beaucoup de contempteurs surgiront pour me dire que ce chef d’œuvre d’album-concept basée sur une histoire d’amour a été composé par l’alcoolique le plus célèbre de notre histoire : Serge Gainsbourg. Il n’en est (presque) rien. Cette petite pépite que je me programme des lendemains de fête, pleurant des conquêtes perdues, a bel et bien été façonnée par un homme qui refuse la notoriété et reste caché dans de sublimes appartements londoniens. Oui, je compare Jean-Claude Vannier à Didier Deschamps, car ils ont un point commun : ils laissent parler leur œuvre pour mieux la contempler une fois le travail terminé. C’est comme ça. A la différence de José Mourinho, Didier Deschamps est un pragmatique-né pour qui le football se passe des tressages de lauriers et autres mises en avant médiatiques.

Didier Deschamps trouve même écho dans la psychologie complexe de la littérature française : il pourrait être le Benoît de « L’humeur vagabonde« , mince et sublime roman paru en 1955 (soit 3 ans avant l’épopée des Bleus en Coupe du Monde, cette fois en Suède et une demi-finale épique face au Brésil). Comme Antoine Blondin qui fait parler Benoît, Didier Deschamps écrit le roman subtil d’une course fantastique vers une renaissance retrouvée, sous un soleil revigorant et précis. Comme Antoine Blondin, Didier Deschamps a cet humour qui se distille dans le verre de la joie et cette discrétion des grands passionnés. Bref, Didier Deschamps nous ressemble car il se rapproche constamment de nous. Il est le commandant en chef dans la bataille de nos espoirs.

 

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Socrates

Trop mélancolique pour faire rire, j'oscille entre lyrisme et sarcasme. Autoproclamé "Javier Pastore littéraire", je suis l'idole des vieux. Le RC Lens en Ligue des champions suscite encore chez moi une certaine nostalgie. Je trouve un peu de réconfort, maintenant, dans les luttes européennes de mes chers parisiens.