Coupe du Monde 2014

Footballeurs : la communication par les cheveux

Les joueurs de foot professionnels sont régulièrement moqués pour leurs coupes de cheveux ou leurs coiffures excentriques et, bien souvent, d’un goût douteux. Mais aussi laides soient-elles, elles représentent, avant tout, un puissant vecteur de promotion personnelle que les footeux maîtrisent désormais à la perfection.

Dans la liste des groupes sociaux/professionnels/ethniques/sexuels/religieux les plus exposés à la vindicte populaire, les footballeurs figurent en bonne position. Ils ne sont pas les plus détestés, mais les attaques de la doxa à leur égard gardent une constance remarquable.

Les motifs ne manquent jamais : salaire, culture, compagnes, mœurs… Mais, il y en a un qui revient particulièrement souvent ces derniers temps : la coupe de cheveux.

Faut dire qu’en la matière, la source imaginative des professionnels du ballon rond semble intarissable. Il suffit de se concentrer sur cette Coupe du Monde 2014, au Brésil, pour constater que l’excentricité capillaire sur les prés verts n’a que peu de limites.

Une tendance qui s’est principalement développée dans les années 90, faille spatio-temporelle du goût. Si, à l’époque, certains, comme l’Américain Alexi Lalas ou le Colombien René Higuita, sortent du lot par négligence ou malchance héréditaire, d’autres ont déjà compris que la coiffure peut constituer un canal de communication efficace.

Alexi-Lalas
Alexi Lalas

Prenez, par exemple, Taribo West. Comment ne pas voir, dans les extensions de couleur verte, assorties au maillot des Super Eagles qu’il arborait lors de la Coupe du Monde 1998, un message de dévouement adressé à la sélection nigériane ?

« Taper dans l’œil des gens »

Mais une coupe de cheveux ou une coiffure qui sort de l’ordinaire peut aussi remplir une autre fonction.

Pour l’illustrer, intéressons-nous à un autre Nigérian qui a pris part au Mondial 1998 en France : Jay Jay Okocha. Le milieu offensif, qui venait de passer deux saisons complètes à Fenerbahçe, joue la compétition les cheveux teints en un blond qui tire dangereusement vers le jaune sale. C’est incontestablement laid.

Mais peu importe, car, comme le relate Édouard Cissé, qui a croisé sa route la saison suivante au PSG, dans un article qu’il a lui-même écrit sur son blog, l’objectif de cette excentricité était de « taper dans l’oeil des gens ». En effet, au moment de la compétition, Okocha arrive en fin de contrat en Turquie. Son avenir est incertain. Opération réussie, puisque dès la fin du Mondial, il est recruté par le PSG où il restera pendant 4 ans.

La communication par le cheveux. Quand on sait que la grande majorité des footballeurs ne brille objectivement pas par son talent oratoire ou ses compétences grammaticales, l’idée semble intéressante. Certains la trouveront peut-être même brillante. Elle témoigne, en tout cas, de la puissance de la faculté d’adaptation instinctive de l’humain.

Ronaldo vs Djibril Cissé en 2002

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Même si l’on vilipende allègrement les footeux pour leur prétendue carence intellectuelle, toute relative, ils ont, contrairement à bon nombre de leurs détracteurs, rapidement et efficacement saisi l’intérêt du concept de la coupe de cheveux comme outil de promotion personnelle.

C’est ainsi que, dès 2002, lors des rencontres de la Coupe du Monde 2002 en Corée du Sud et au Japon, les spectateurs ont pu constater la créativité en la matière de plusieurs joueurs : Christian Ziege (Allemagne) avec sa crête mi-blonde mi-brune à la de Niro dans Taxi Driver, Clint Mathis (USA), lui aussi, adepte de la crête, mais aux influences plus punk 77, ou encore Djibril Cissé qui s’était fait tailler des motifs d’inspiration tribale sur son crâne teint en blond.

Mais lors de cette édition, le concours implicite de l’excentricité capillaire, tout comme le Soulier d’Or, est revenu, sans contestation possible, à Ronaldo. La tête rasée sur laquelle trône une sorte de houppette brune, visiblement inspirée, par le rugbyman Jonah Lomu, fait encore parler d’elle à l’heure actuelle.

La coupe de cheveux représente donc généralement un excellent moyen de se faire remarquer au sein du monde impitoyable du ballon rond.

Pour autant, en 1998, la sélection nationale roumaine lui a trouvé une autre application : le renforcement des relations collectives. Quoi de mieux pour motiver une équipe et faire tomber les différences que l’adoption d’une coiffure uniforme ? Pour l’occasion, les Roumains avaient choisi le blond platine, alors à la mode, précisons-le. Une décision efficace puisque l’équipe s’étaient brillamment distinguée en terminant première du Groupe G devant l’Angleterre, la Colombie et la Tunisie.

Le problème réside désormais dans l’excès d’originalité. Ses effets, pervers, ont pour effet de normaliser l’excentricité.

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Peyo Couronnes

Footballeur amateur, amateur de foot mais surtout admirateur d'Anthony Bancarel. Je porte un maillot de Cantona, des baskets clignotantes LA Gear et un survet' Sergio Tacchini. Joueur de devoir, infatigable râtisseur, je laisse parfois traîner le pied. Pour vos œufs et autres pizzas, adressez-vous à mon avocat.