Chroniques

Une année particulière

Je retiendrai de 2014 quelques petits faits footballistiques allant du merveilleux au stupéfiant en passant par le décevant, arguant encore une fois que le football rejoint la littérature dans notre façon de concevoir le romantisme. En parlant de romantisme, n’a-t-on pas vu l’Olympique de Marseille faire briller de mille feux son stade dans lequel une multitude de guerriers, jouant à domicile, rendirent honneur à leur commandant Jules César en la personne rocambolesque de Marcelo Bielsa ? Ce dernier, n’y allant pas par quatre chemins, suscita définitivement ma vive admiration pour avoir, d’une part, critiqué vertement sa présidence placide et, d’autre part, refusé qu’un business se fomente sur son image. Argentin, de gauche et même d’extrême-gauche, voilà la patte Bielsa qui n’a d’yeux que pour le combat, que pour le dernier souffle du gladiateur terrassant son adversaire avec un cri rageur, affirmant ainsi la pleine puissance de l’actuel leader de Ligue 1. 2014, dans le sud de la France, a le visage d’un technicien argentin qui ne s’habille pas en costard cintré mais porte le jogging aussi bien que les lunettes.

Le divorce de Franck Ribéry n’aura étonné personne. Les Français, incapables de reconnaître un empereur allemand s’il se présentait devant leurs nez, ont dit « Ciao » au pantin sportif préféré des Guignols de l’info, l’émission vaseuse de Canal +. L’un des meilleurs joueurs de Bundesliga ne se reconnaît plus devant le drapeau tricolore, reprenant à son compte le chant vengeur des apatrides. Franck Ribéry, diva balafrée du football mondial, a autant de chances de revenir en équipe de France que les « Twins Twins » de gagner l’Eurovision. J’aimerais, hélas, revoir l’un des deux un jour.

L’un part, l’autre reste. Et de quelle manière ! Karim Benzema, celui qui s’est déjà promené à Madrid en Lamborghini jaune (couleur Simpson ou Bruce Lee) avec un autre écervelé de la planète rap (j’ai nommé Rohff), a illuminé l’Espagne de sa complicité avec Cristiano Ronaldo, rendant jaloux le colosse gallois Gareth Bale qui aura marqué l’esprit du fait de parcourir tout un terrain en passant par la ligne de touche avant de planter d’une balle piquée un autre Madrid (l’Atlético) qui n’y a vu que du feu. La triplette de Madrid (contrairement à la triplette de Belleville MDR) acquiert enfin des automatismes qu’elle a eu tant de mal à construire. Carlo Ancelotti, une spaghetti bolognaise en bouche et un album de Luciano Pavarotti dans la main, lève son pouce en me lisant. Dégage, Carlo, c’est personnel.. Voilà, merci.

Armes, victoires, luttes, et LARMES. Ce n’est pas David Luiz et Thiago Silva qui vont me contredire. Raillés sur les réseaux sociaux dés les débuts de la Coupe du Monde au Brésil, l’auteur de ces lignes n’en eut cure et préféra ignorer les rageux qui rageaient devant le fils spirituel (et intellectuel ? lol) de Pelé, j’ai nommé Neymar, qui abattait à lui tout seul les équipes qui se présentaient devant lui. Une blessure, et tout fut anéanti. Cette phrase Lamartinienne valut pour une catastrophe défensive, une Blitzkrieg footballistique, celle qui me fit monter les larmes aux yeux et qui me fit détester cette Coupe du Monde. 7-1. Je me souviens de ma petite sœur qui me regarda avec un sérieux dépit et qui me regarda monter dans ma chambre, l’œil hagard et vraiment triste. Triste pour le visage de cet enfant que je n’oublierai jamais. Il avait le drapeau du Brésil sur chaque joue, son père avait cassé sa tirelire en pleine crise économique et sociale. Ne t’en fais pas petit, un jour, c’est toi qui sera Neymar et qui le lèvera, ce putain de trophée.

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Socrates

Trop mélancolique pour faire rire, j'oscille entre lyrisme et sarcasme. Autoproclamé "Javier Pastore littéraire", je suis l'idole des vieux. Le RC Lens en Ligue des champions suscite encore chez moi une certaine nostalgie. Je trouve un peu de réconfort, maintenant, dans les luttes européennes de mes chers parisiens.