Chroniques

Marcelo Bielsa, ou l’éloge du travail

Marcelo Bielsa est de ces techniciens énigmatiques, dont on ne saisit pas si l’influence dont ils font preuve sur leur équipe relève de la sorcellerie ou de la bienveillance. Et ce ne sont ni des psychologues, ni des physionomistes qui nous aideront à comprendre l’entraîneur argentin. Marcelo Bielsa, c’est le verbe soupesé en conférence de presse, le caractère volcanique sur un terrain de football. Marcelo Bielsa, c’est un incontestable talent à extraire la lumière la plus secrète d’un joueur de l’ombre. Marcelo Bielsa, c’est sûrement Thomas Goubin (« So Foot », « France Football ») qui le raconte le mieux.

Paru aux éditions Hugo et Cie , « Marcelo Bielsa, El Loco unchained » est un ouvrage de 152 pages qui ne parle évidemment pas que de football. Cet essai bien documenté sur la vie et l’œuvre de l’actuel (et bientôt ex ?) entraîneur de l’OM est aussi une véritable leçon de courage et d’effort, maîtres-mots de celui qui fut (entre autres) entraîneur de la sélection Argentine, du Chili, mais aussi de l’Atletic Bilbao où il a révélé des joueurs comme Ander Herrera (aujourd’hui joueur de Manchester) et Javi Martinez (Bayern Munich). « Le secret de Marcelo Bielsa, c’est le travail », dit de lui Juan Sébastian Veron. Mais écoutons Marcelo Bielsa lui-même sur sa méthode : « Je dis toujours à mes gars que, pour nous, le football est mouvement et déplacement. Il n’existe pas une seule raison valable pour qu’un joueur soit à l’arrêt sur la pelouse. »

« El Loco » vénère la répétition de gammes footballistiques que les joueurs, musiciens dans cet orchestre de travail, doivent connaître par cœur sans l’ombre d’une imperfection. Arguant que la meilleure façon de progresser étant l’ennui, il forme aussi des joueurs à des postes auxquels ils n’ont pas été formé. Une façon de perfectionner le joueur à son poste de prédilection : une méthode qui paie toujours le match d’après (l’exemple de Jordan Ayew en latéral droit avec l’OM est révélateur). Faisant fi de l’adoubement de l’athlète Pierre Ménès, qui a évidemment tout gagné en tant qu’entraîneur ET joueur, Marcelo Bielsa n’a, et on l’apprend lumineusement avec cet ouvrage, que le succès importe moins que le travail de perfection fait en amont.

Marcelo Bielsa, finalement, est moins « Loco » que « Romantico » dans ce football au cœur d’acier.

« Marcelo Bielsa, El Loco unchained », par Thomas Goubin

Editions Hugo et Cie

9.99 euros

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Socrates

Trop mélancolique pour faire rire, j'oscille entre lyrisme et sarcasme. Autoproclamé "Javier Pastore littéraire", je suis l'idole des vieux. Le RC Lens en Ligue des champions suscite encore chez moi une certaine nostalgie. Je trouve un peu de réconfort, maintenant, dans les luttes européennes de mes chers parisiens.