Chroniques

Reportage au Centre de Rééducation des Twittos footballeurs

Les footballeurs professionnels dérapent régulièrement sur Twitter. Plusieurs jeunes ont récemment été pris en défaut pour des messages postés plusieurs années auparavant. En état de choc et embarrassants pour leurs clubs, ils sont pris en charge au Centre de rééducation Jean-Michel Aulas, spécialisé dans les footballeurs accidentés du tweet.

« Bonjour. Je m’appelle Sergi et j’ai déconné sur Twitter.

  • Bonjour Sergi. Bienvenue parmi nous. »

Le rituel est désormais immuable. Chaque semaine, le centre de rééducation Jean-Michel Aulas pour jeunes footballeurs accidentés du tweet accueille ses nouveaux pensionnaires au cours d’une séance collective. L’occasion pour ces nouveaux venus, meurtris par leurs expériences traumatisantes, de se présenter et d’expliquer les raisons qui les ont menés ici.

Ouvert fin 2014, le centre ne désemplit plus. « Nous avons su flairer le bon filon, se félicite Roger Siossaux, directeur du centre JMA. Je ne suis pas super bon en maths, mais j’ai rapidement compris que Twitter + jeunes footballeurs pros = gros bordel en perspectives. Derrière, il nous fallait un ambassadeur, Jean-Michel Aulas a immédiatement accepté. »

C’est pourquoi, dès 2012, face à l’explosion de l’utilisation du site de micro-blogging, Roger prend contact avec plusieurs clubs de Ligue 1 pour leur exposer son projet. « Au début, je me suis fait jeter de partout. Les présidents de club me riaient au nez en m’expliquant que tout le monde se foutait de Twitter et que, de toute façon, leurs joueurs savent à peine écrire », se souvient-il. Pourtant le vent a rapidement tourné.

La chatte à Châtelet qui fait tout déraper…

Tout s’est accéléré en mai 2015, quand plusieurs jeunes du PSG se sont retrouvés dans l’œil du cyclone pour des tweets rédigés des années auparavant.

Avec, parmi eux, l’un des exemples les plus emblématiques de ces derniers mois. Celui de Mory Diaw, jeune gardien du PSG, qui a fait tilter Twitter au printemps 2015, bien malgré lui. Certains comptes qui auraient facilement reçu la « certification collabo » si Twitter avait existé en 1940 ont déterré des messages qu’il avait posté en 2012.

Mory Diaw avait 17 ans au moment des faits. En pleine montée d’hormones et sentant la punchline l’assaillir, il tweete un cinglant « Ya de la chatte à Châtelet ». Un message à la qualité littéraire discutable passé plutôt inaperçu à l’époque. Mais quand il est remonté à la surface de toutes les timelines des utilisateurs du réseau, il a choqué l’opinion publique. Tout particulièrement le groupe des Femen qui s’est associé à 30 millions d’amis et Touche pas à ma Pâtée pour porter plainte contre le jeune joueur et son club.

Un terrible désaveu pour le PSG qui, on le sait, cherche à lisser son image depuis son rachat par les pétro-capitalistes du Qatar. Surtout que le scandale touche d’autres joueurs et joueuses de son centre de formation comme Jean-Christophe Bahebeck, Franck Bambock ou même Léa Declercq.

Officiellement, la direction du club prend la défense de ses ouailles. Sur Twitter, elle explique que les comptes des joueurs concernés ont été piratés dans la nuit et qu’ils n’ont jamais tenus les propos postés en ligne. Un enfumage qui ne trompe personne. Conscients de cela, les dirigeants du PSG décident alors, sans le dire, d’envoyer les jeunes concernés en cure longue-durée en centre JMA.

Le coming-out de Corentin Tolisso

« C’était un grand jour, se souvient Roger Siossaux. Qu’est-ce que j’ai ri ! Pas moins d’un mois avant, j’avais relancé le PSG pour leur expliquer que certains de leurs jeunes étaient en roue libre sur Twitter et que l’accident était proche. La direction de la communication m’avait envoyé bouler.

On m’a assuré que les dirigeants du club étaient de grands professionnels et qu’ils étaient tout à fait capables de gérer d’éventuels petits problèmes liés à des messages de 140 caractères. »

Désormais en position de force, le directeur du centre de rééducation refuse d’abord les jeunes du PSG. Faut dire qu’il venait d’intégrer plusieurs autres footballeurs à son programme de rééducation : Benjamin Mendy en burn out après son tweet sur les « vieilles meuf voir pute… », Mario Lemina, dans le déni, mais pourtant coupable d’un message sur les « potes bande de salope » et Corentin Tolisso en panique après son coming-out twittesque dans lequel il déclarait sa flamme à Matt Pokora.

« Je leur ai dit : « j’ai plus de place, les gars, fallait réagir avant ! » Mais ils ont insisté, m’ont félicité pour ma qualité de négociateur soit disant encore « plus développée que celle d’un arabe » et m’ont assuré pouvoir payer 3 fois plus que le tarif normal pour un programme de rééducation. Autant vous dire qu’à ce prix là, j’ai pas hésité », poursuit Roger Siossaux.

Il recrute alors 3 nouveaux éducateurs et fait construire un nouveau dortoir dans ses locaux.

« Parfois, il arrive que certains joueurs perdent l’espoir d’avoir un jour une communication maitrisée sur Twitter, beaucoup partent en dépression… alors on leur montre le tweet d’Adriano en décembre 2014 et ça va tout de suite beaucoup mieux. Nous avons tout prévu au centre. »

Une élargissement de ses équipes et de ses moyens qui lui permettent également de développer son programme de rééducation avec de nouveaux modules.

Il fait appel à plusieurs intervenants extérieurs pour former les jeunes accidentés du tweet. Ces derniers suivent ainsi régulièrement des formations au cours desquelles interviennent des footballeurs professionnels qui brillent régulièrement sur les réseaux sociaux comme Manu Imorou du Stade Malherbes de Caen, qui se targue d’être le meneur de jeu de Twitter, ou Pierre Bouby de l’US Orléans qui explique dans sa bio que ses « tweets ne sont pas là pour enlever l’étiquette du débile collée sur le front du footballeur ».

Parmi les formateurs récurrents du centre JMA, on trouve aussi Stéphane Kohler qui est l’auteur de quelque chose dont la plupart des jeunes internés ont vaguement entendu parler mais jamais eu l’occasion d’approcher : un livre. Devenu chroniqueur dans L’Équipe, il a subitement décidé de fermer son compte Twitter début 2016. Une réaction analogue à celle de ces individus devenus végétariens après avoir visité un abattoir.

La gestion de la colère de Serge Aurier

Les footballeurs du centre y suivent également des cours de gestion de la colère. « C’est une partie de formation à laquelle nous intégrons depuis peu des footballeurs qui ont dérapé sur d’autres sites que Twitter, précise Kloss Thaguehl, le professeur qui en a la charge.

A ce titre, nous accueillons une fois par semaine le défenseur du PSG Serge Aurier. Il nous a rejoint volontairement après avoir insulté un arbitre dans une vidéo postée sur Facebook à la suite d’une victoire des Parisiens en Ligue des Champions face à Chelsea. »

Chaque mardi, l’Ivoirien passe deux heures au centre JMA. Kloss a développé un programme spécifique pour lui. Il lui fait visionner des vidéos de lourdes injustices arbitrales et demande au joueur d’y réagir. Celui-ci est équipé d’un système de fils électriques reliés à une batterie de voiture. A chaque fois qu’il profère une injure à l’encontre d’un home au sifflet, il reçoit une violente décharge. Parfois la sanction peut varier en fonction du sujet. C’est le cas pour Serge Aurier. A chaque juron, il se voit remettre une boite de nuggets congelés. Si il se maitrise, c’est un bucket bien chaud de 30 wings qui lui tend les bras.

« Serge apprend à une vitesse fulgurante, j’ai rarement vu ça. C‘est une technique inspirée des travaux du physiologiste russe Ivan Pavlov, explique le professeur. Il a mis en évidence un réflexe conditionnel, baptisé « conditionnement pavlovien » en faisant une expérience avec un chien à qu’il nourrissait tout en lui délivrant un signal sonore à l’aide d’une cloche. Il s’est rendu compte qu’à terme, même sans donner à manger à l’animal, celui-ci salivait rien qu’en attendant le bruit de la cloche. C’est intéressant parce que… »

Nous préférons couper la parole au formateur en lui rappelant que nous parlons de footballeurs et que la culture de nos lecteurs ne leur permettront pas de leur comprendre. Il s’excuse, nous explique s’être laissé emporté et nous promet de ne plus jamais recommencer.

Pour se faire pardonner, il nous invite à assister à une allocution du directeur du centre. Celui-ci explique à ses pensionnaires que le programme devient mixte et s’ouvre à des personnes proches du monde du ballon rond mais pas footballeurs. Ce qui le conduit à annoncer l’arrivée leur première stagiaire féminine : Anara Atanes, compagne de Samir Nasri, à qui la justice à ordonner internement de 8 mois au centre après la plainte deDidier Deschamps en réaction à son tweet « Fuck France et fuck Deschamps… »

Mory Diaw tape alors son nom sur Google Image et lance « Va y avoir de la chatte, les mecs ! ». Roger Siossaux fulmine : il reste encore du boulot !

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Peyo Couronnes

Footballeur amateur, amateur de foot mais surtout admirateur d'Anthony Bancarel. Je porte un maillot de Cantona, des baskets clignotantes LA Gear et un survet' Sergio Tacchini. Joueur de devoir, infatigable râtisseur, je laisse parfois traîner le pied. Pour vos œufs et autres pizzas, adressez-vous à mon avocat.